CHANTEPERDRIX

Jean CHAVAGNEUX
dimanche 29 décembre 2013
par  le chazellois

Quand le soleil de Printemps nous réchauffe de ses premiers rayons, l’alouette égrène ses notes aiguës, au-dessus des champs de blé encore en herbe, à l’aplomb de Chanteperdrix. L’oiseau paraît heureux en ces lieux admirables ; il voit de plus haut encore la beauté des sites découverts, ce panorama que le passant ébloui ne cesse de parcourir du regard.
 
 Face au Nord, le paysage étale sous nos yeux les contreforts des Monts du Lyonnais tandis que, alternativement, notre regard scrute le ciel pour y chercher l’oiseau chanteur.. C’est presque se sentir avec lui dans l’espace, en humant un air parfumé de renouveau ; c’est mettre son âme en paix ; c’est abandonner son esprit aux ébats qui l’entraînent vers le haut.
 
 Connaissez-vous Chanteperdrix  ?
 
 A moins d’une lieue du centre de Chazelles, le site passe pour en être le point culminant. On y accède, depuis le quartier Bras-de-fer, par un chemin de terre bordant les derniers enclos de la Cité.
 
 On ne vient pas à Chanteperdrix, on y monte … Et, s’arrêtant sur la hauteur presque malgré soi, on respire, ici mieux qu’ailleurs, tant l’air semble inaltéré.
 
 Hélas, les temps nouveaux endommagent Chanteperdrix : pylônes de béton soutiennent de grands câbles noirs qui en déchirent le ciel. Des villas importunes cherchent à grignoter le site et l’élargissement du cimetière a confisqué la belle prairie où les sentiers de jadis franchissaient les grandes herbes d’avant la fenaison.
 
 Au temps où nous étions enfants avides de jouer, Chanteperdrix était pour nous espace de liberté et d’ébats ; une aire sur laquelle nous nous sentions quasiment propriétaires …
 
 Ainsi nous accourions, dès que nous entendions, venant du côté des hauteurs, le cliquetis de la machine à moissonner, quand les blés, cédant sous la lame, sont assemblés en gerbes.
 
 Quel spectacle  ! …
 
 Chanteperdrix est en effervescence : les grands bœufs de la ferme du Chantre, le tout rouge et le bariolé blanc et rouge, marchant docilement du même pas en tirant la machine, arborent fièrement le joug repeint en bleu. Leurs grands yeux, taquinés par les mouches, laissent transparaître une soumission totale au maître des lieux. Les gens qui suivent l’attelage, lient, de main alerte, les amas de blés mûrs, déposés au sol. Quelques tiges plus longues, tirées prestement de la masse, sont appareillées pour former le lien que l’homme glisse sous la paille. Puis, déposant la brassée, furtivement étreinte, il donne un coup de genou en un point précis pour la comprimer. Avec un tour de poignet achevant le nœud, la gerbe est faite. C’est réglé comme une chorégraphie ; c’est de l’art  !
 
 Deux hommes sont affairés à lier les gerbes, puis à les dresser, épaulées par trois. Les épis demeurent dominants, plus altiers qu’avant la coupe, fiers de conserver leurs grains ; ils sont au cœur de cette magistrale animation ; ils sont la fortune du jour.
 
 La tâche est exigeante  ; fugaces sont les heures … Presque insensiblement, le soleil se dérobe. Bientôt il glissera en arrière des monts de Pierre-sur-Haute. Mais à Chanteperdrix, quand les gerbiers culminent dans la grâce du soir, c’est un décor champêtre monté sur une cîme. La moisson finie a laissé sur place ses gerbes assemblées, comme autant de saillies interpellant le ciel, à la tombée du jour.
 
 Autrefois, Chanteperdrix donnait aussi sa féérie d’hiver :
 
 Avant les tragiques évènements de l’année 1939, les haies bordant champs et chemins, étaient joliment élaguées. Chaque hiver, les coupes étaient brûlées lors du grand feu de Mardi-Gras.
 
 Or, Jean-Marie, propriétaire de la ferme voisine et des terrains de Chanteperdrix, entassait, sur le sommet, les tailles de ses buissons. Rendez-vous se donnaient, de bouche à oreille, à tous les gamins des environs, et bienvenue aux familles, pour le soir de Mardi-Gras, dès la nuit tombée ! …
 
 Après le repas traditionnel  : côtelettes salées, salade de "barabans" arrosée de lard fondu et bugnes lyonnaises, les enfants manifestent leur impatience à gravir Chanteperdrix. La nuit est tombée ; c’est le signal. Bientôt le grand bûcher de Mardi-gras va s’allumer …
 
 La joie est à son comble. Pour participer à la fête, nos bons parents ont bien voulu nous offrir quelques pétards ; rien de tel pour ajouter de retentissants échos aux crépitements des flammes … Vite ! accourons …Voici venu le moment de la grande fête du feu … Chanteperdrix va s’embraser  !
 
 Sur place, quelques spectateurs sont déjà venus. Comme pour une pièce de théâtre, dont on n’aurait pas encore frappé les trois coups, les premiers arrivants évoquent le scénario, depuis les premières places du parterre. On attend le chef d’orchestre ; celui qui, d’un geste fera jaillir l’enthousiasme … Justement, voici Jean-Marie et René, son espiègle de fils qui sait lancer, de la main, un caillou jusqu’à trente mètres sans manquer la cible. Mais il faut, ce soir, lui savoir gré d’avoir lancé les invitations … Potigneux, le valet de ferme les accompagne, coiffé de son éternel chapeau crasseux, déchiré sur l’arrière. Il est à pieds nus dans ses galoches de bois dont les lacets, depuis longtemps perdus dans la nature, n’ont jamais été remplacés. Edenté et bonhomme, il manifeste sa joie par un monologue inarticulé que personne ne comprend. Qu’importe ! on lui répond quand même .. lui aussi est heureux ; l’ambiance est à la fête .
 
 D’autres groupes arrivent encore et viennent se joindre à nous. On entend de joyeux propos fuser dans la nuit : "Vive le Mardi-gras  !", "Salut à tout le monde  !" ,"Au feu les épines  !, " Et que ça brûle  !", "Vas-y Jean-Marie  !"
 
 Des feux apparaissent au loin. Quelques-uns sont identifiables : celui des Brosse, sur la limite du département ; là-bas, celui des Michel, au Mont. Sur Caderat on en compte plusieurs. Au Finet, c’est celui des Grange ; au Villet, celui des Bordet. La proche campagne de Viricelles en a déjà quatre ou peut-être cinq qui s’embrasent et Meys allume les siens. La ligne d’horizon scintille, depuis les monts de Haute-Rivoire jusqu’à la lointaine montagne, sur les hauteurs de Sauvain. Dans la nuit que nous vivons, de nouvelles étoiles brillent : le ciel en est constellé ; la terre aussi.
 
 Voici que Potigneux engage, sous les émondes, le fagot de bois sec, qu’il a descendu de la grange aux chèvres et la brassée de paille qui lancera le feu. C’est le moment crucial ; le comble de la tension. Jean-Marie s’approche, lentement, de sa démarche pesante et balancée, tout en développant la mèche de son briquet, bien imprégnée d’essence, afin d’assurer le meilleur allumage.
 
 Et, soudain, la nuit s’éclaire … Les jeunes sautent de joie. En quelques minutes le feu devient grand comme une maison. Le bûcher crépite et lance des étincelles qui montent à la verticale, comme autant de messages de joie, à l’adresse du monde entier.
 
 Dieu sait qu’on doit le voir de loin  ! … Nous avons le sentiment de faire partie des gens heureux, comme le sont celles et ceux qui entourent les brasiers qui cerclent l’horizon Signe de vie  : cette flamme géante, qui perce la nuit froide, réchauffe nos corps et réjouit nos esprits.
 
 Jean-Marie ouvre un sac de jute, en tire quelque chose qu’il glisse dans la braise. Les pétards détonnent, tour à tour : chacun vient près du feu y allumer le sien, piqué au bout d’un fourchon ou d’une branchette. Les enfants s’agitent, sautent et courent, en une sorte de ronde inorganisée, autour de cette torche superbe qui nous marque de rouge. Le chien de la ferme délaisse son maître pour participer aux ébats : il court avec les gamins, essayant de les devancer.
 
 Les flammes se trémoussent entre les branchages, cherchant à les atteindre tous, pour mieux les dévorer, dans un combat sans pitié. On les voit qui se tordent, vaincus sous la contrainte et leurs épines, même, n’ont pas pu les défendre. Etrange bataille où, seule, la diminution de la masse peut freiner l’ardeur de l’attaque …
 
 Les plus grands des garçons prennent la longue fourche du maître de ces lieux et s’en servent de perche pour sauter le brasier , dont les dernières flammèches saccadées se tortillent désespérément avant de s’étouffer.
 
Or, l’hiver tire vers sa fin ; nous entrons en carême. Comme pour marquer l’événement, Potigneux tire les patates chaudes du résidu cendré où elles ont cuit. Ce n’est certes point gourmandise que de les consommer ainsi, mais c’est conclure ensemble et communier à la grande fête du feu de Mardi-gras, au sommet de la commune.
 
Tout à l’heure, le calme reprendra les sommets. Demain il fera jour et le Printemps naîtra … Quand lèveront les blés, l’alouette, sûrement s’égosillera de plaisir dans le ciel de Chanteperdrix.
 
Où que vous soyez , si vous entendez l’alouette, soyez attentif à sa chanson. Elle n’a ni couplet ni refrain ; c’est seulement un délice qui descend du ciel …


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